Nos sentiments vis-à-vis les plantes aquatiques sont souvent partagés : on s’attendrit de la floraison des nénuphars, mais on craint la propagation d’herbiers denses qui nuisent à la baignade. En réalité, que nous dit la végétation aquatique et sa diversité sur la santé de nos plans d’eau?

 

Plante ou algue?

Les plantes aquatiques, aussi appelées macrophytes (macro = grande, phyte = plante), ne sont pas des algues. Bien que ces deux groupes se rapprochent par leur mode de vie aquatique et leur capacité à produire de l’oxygène par la photosynthèse, les plantes aquatiques se distinguent par la présence de parties que l’on connait bien : racines, tiges et feuilles. Par ailleurs, les algues qui habitent nos lacs et rivières sont, pour la plupart, microscopiques! Elles deviennent visibles à l’œil nu seulement lorsqu’elles sont trop abondantes.

Les herbiers qui jonchent vos plages et bloquent les hélices du moteur de votre bateau sont donc fort probablement composés de plantes aquatiques.

Pour en apprendre plus sur ces groupes d’organismes, consultez nos fiches informatives :

Les plantes de votre lac sont-elles synonymes de dégradation ou plutôt d’un écosystème équilibré?

Tout dépend. Ces végétaux assurent plusieurs rôles importants au sein des lacs et constituent donc un élément essentiel au maintien d’un écosystème riche et équilibré. La présence de plantes aquatiques en soi n’est donc généralement pas problématique. Toutefois, les activités humaines tendent à augmenter les apports en nutriments et en sédiments dans les plans d’eau, ce qui entraîne d’importantes conséquences. Les plantes aquatiques se multiplient alors rapidement, ce qui accélère le processus de vieillissement des lacs : l’eutrophisation.

Ainsi, une végétation aquatique en croissance excessive et peu diversifiée est souvent synonyme d’un apport excessif de nutriments, et symbolise l’avancement du processus d’eutrophisation. La plante n’est donc pas un problème en soi, mais plutôt le symptôme qui indique qu’il y a un problème!

Tirer des conclusions sur la santé d’un lac à partir de sa végétation n’est donc pas si simple. Nous vous recommandons de recourir aux services d’experts pour réaliser l’inventaire des plantes aquatiques de votre lac régulièrement afin de suivre l’évolution des herbiers.

Vous avez tout de même avantage à apprendre à reconnaître certaines plantes aquatiques qui vous renseigneront sur votre écosystème. Pour ce faire, voici une liste de 5 espèces et des principales caractéristiques permettant de les reconnaître.

Petit guide illustré des plantes aquatiques

# 1

La mauvaise réputation du myriophylle à épis provient de son caractère exotique et envahissant :

  • Exotique puisqu’elle a été introduite dans les lacs du Québec vers les années 1950.
  • Envahissante puisqu’elle prolifère à une vitesse fulgurante et forme des herbiers denses qui limitent les différents usages du plan d’eau : pêche, baignade, navigation de plaisance, etc.

Pourquoi le myriophylle à épis est-il si envahissant? D’abord puisqu’il est transporté par les humains de lacs en lacs à travers les fragments qui restent accrochés aux embarcations, aux remorques et aux équipements nautiques. Ensuite, puisqu’il a une croissance rapide et tolère les conditions extrêmes. Il n’existe actuellement aucun moyen efficace d’éradiquer complètement le myriophylle à épis d’un plan d’eau. On peut toutefois contrôler sa prolifération afin de retrouver les usages du lac.

 

Restez donc à l’affut, car une détection précoce de cette espèce sera un précieux atout dans la lutte à l’envahisseur. Ses colonies denses, l’effet plumes de ses feuilles et la ramification des tiges créant des tapis à la surface de l’eau devraient vous mettre la puce à l’oreille.

Attention : assurez-vous que la plante possède bien toutes les caractéristiques présentes sur cette illustration afin de ne pas la confondre avec les espèces indigènes non problématiques de myriophylle.

# 2

L’élodée du Canada est assez commune dans les lacs du Québec. On la retrouve généralement en eau calme et peu profonde, où sa présence est rarement problématique. Si vous la trouvez dans votre lac, sachez qu’elle n’y sera pas nécessairement envahissante. Toutefois, un apport excessif de nutriments et de sédiments pourrait contribuer à sa prolifération et éventuellement la rendre nuisible. Comme le myriophylle à épis, elle a la capacité de se propager à partir de fragments.

L’élodée du Canada se reconnaît à ses longues tiges complètement submergées portant de petites feuilles vert foncé et à ses petites fleurs blanches flottant à la surface de l’eau.

# 3

La vallisnérie d’Amérique est une plante aquatique très commune dans les plans d’eau du Québec. Rarement problématique, elle ne restreint pas les usages puisqu’elle ne forme pas de colonie dense.

On la reconnait à ses longues feuilles qui poussent à partir de la base du plant. Lors de la floraison, on peut apercevoir l’étonnante tige en forme de tire-bouchon qui porte sa minuscule fleur blanche.

# 4

Le rubanier flottant est une plante aquatique dont les longues feuilles rubanées flottent à la surface d’eau, tout comme d’autres espèces du même genre (Sparganium). On trouve cette plante dans les baie calmes et peu profondes, des habitats qui sont également propices aux nénuphars et aux nymphées. C’est pour cette raison que les rubaniers sont souvent aperçus près de ces plantes aux grandes fleurs jaune et blanches ou roses. Le rubanier flottant est rarement problématique, mais peut tout de même limiter les activités nautiques lorsque ses colonies deviennent denses et étendues.

On le reconnait à ses longues feuilles semblables à des fettuccinis à la surface de l’eau, mais également à ses fleurs et fruits sphériques.

# 5

L’ériocaulon aquatique est l’une des rares plantes aquatiques qui se retrouve typiquement dans les eaux peu profondes et pauvres en nutriments. Elle est donc synonyme d’un lac oligotrophe et d’un écosystème peu perturbé par l’humain.

On reconnait l’ériocaulon aquatique à ses petites feuilles triangulaires qui forment une touffe près du sol. 

Illustrations réalisées par Ève Courtois. Pour découvrir plus d’illustrations de ce genre, consultez son site Web ou suivez-la sur Facebook et sur Instagram.